Les passants
LES PASSANTS
J’observe sur les toits
Les passants.
Les pieds dans le vide,
Je me balance.
Les bras accoudés
Aux grilles rouillées
De mon adolescence,
Je regarde sur les toits,
Les passants.
J’incline ma tête,
Mes cheveux comme lierre,
S’emmêlent dans le vent de fin de soirée.
Les lumières s’allument.
Leurs pas rapides et fuyants.
J’attends, ils ne font que passer.
Les portes claquent,
Les fenêtres s’ouvrent.
Les télévisions ouvrent leur communication.
Les passants assis sur leur canapé
Silencieux, écoutent les nouvelles.
Pourtant sur les terrasses
Il y a des gens.
Regardez un peu plus haut.
Il y a tant de solitude en moi,
Tant d’incompréhension.
Je me penche encore plus bas,
Je pourrais basculer.
Une femme, face à moi
Assise sur les toits,
Une cigarette à la main,
Me regardant,
Me souriant.
Elle me parle doucement,
Et me raconte des histoires
Sur les gens d’autrefois.
Je l’écoute, ses mains fines
Transparentes, légèrement bleutées,
Ses yeux sont d’un bleu océan,
Ses cheveux blancs comme des nuages passants.
Elle me parle, raconte
Et un siècle se passe sur les terrasses
J’allume une cigarette.
Je m’allonge et m’endors
Réconfortée d’avoir pu écouter
Des pages d’histoires.
L’avant-guerre, la guerre,
Les trente glorieuses,
Les folles soirées.
Je rêve de musique de cabaret.
J’apprends le mot Liberté
D’une jeune femme,
L’odeur du tabac
Dans les salons où l’on savait discuter.
Si seulement les passants étaient moins pressés
Abrutis devant leur poste de télévision.
Ils pourraient écouter ces histoires.
Partager avec ces gens d’un autre temps
Qui à leur réveil seront déjà effacés,
Remplacés par le journal du matin et les
Reportages de télé réalité qui captivent,
Du soir au matin une génération
Qui ne sait plus écouter.
Juliette
« On devient vieux quand les jeunes nous abandonnent. »
De Marcel Pagnol
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